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Le Rendez-vous de Sofie

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Sofie a eu dix maris, ce qui fait d’elle une experte pour toute question de couple ou de rencontre.

Est-ce que le coup de foudre existe ?

Mon premier mari a toujours dit que le coup de foudre existait. Il était formel. Peut-être parce que, physicien, la foudre, il l’avait observée plus d’une fois. La vibration, la zébrure éclairée, puis l’onde de choc, ça finissait toujours par péter. C’était beau.

Selon lui, le coup de foudre doit être immédiat, on ne peut rien contre lui, et surtout : « un coup de foudre, ça se respecte, Sofie. » Tout ça était très clair, et j’étais d’accord. Le coup de foudre nous avait réunis, merci. Sauf que. Il y a des hommes qui ont la folie du foot, ou de la belote. Il y a des illuminés de twitter, ou de toute autre manière de s’attacher à des chaînes qui nous détachent de l’essentiel. Lui, avait une manie du coup de foudre.

On sortait le lundi : coup de foudre pour l’ouvreuse de cinéma, qui avait un si joli sourire. Sa main tremblait dans la mienne, il fondait sous le regard de la fille, qui était plus ou moins intéressée (le pourboire, le pourboire !) Le film perdait tout son intérêt. Au prix de la séance, c’était dommage.

Le mardi, c’était la nouvelle boulangère. « Elle sent le pain, tu comprends, ça me rappelle ma mère. » Je ne comprenais pas.

Le mercredi, au marché du Châtelain : coup de foudre pour la Française, qui voulait des endives. « Son accent me rend tout chose. » Je tournais les talons, avec les chicons, mais il s’en fichait.

Le jeudi, foudroyé par la caissière du Delhaize, qui avait une nouvelle coiffure qui la transfigurait. (Cascade de cheveux auburn aux senteurs de patchouli, le rêve).

Le vendredi, c’était la foudre de l’eurocrate bas noirs et talons hauts, qui passaient sous nos fenêtres, vers 19h30. « Tu as vu son déhanché ? »

Le samedi était moins prévisible. En deux ans de mariage, il avait eu des coups de foudre pour toutes sortes de poules de la rue Neuve au Sablon. Des étrangères, ou des Belges. C’était la journée du coup de foudre libre. Il s’autorisait des petites, des grandes, des maigres, des grosses, des belles, des moches, « tous les gabarits sont dans la nature. »

Le dimanche, enfin, c’était pour moi. « Sofie, tu es la femme de ma vie. » Autant dire que pour exister, le coup de foudre excitait. Mais pas moi. Plus ça continuait, moins j’y croyais, au coup de foudre.

Comment est-ce que ça a fini ? Par un coup de pied au cul.

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