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Le rendez-vous de Sophie : L’amour fou

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Portrait of young woman in kitchen

Sophie a eu dix maris, et un nombre incalculable d’amants, ce qui fait d’elle une experte pour toute question de couple ou de rencontre.

Je sais que vous aimez l’amour, sous n’importe quelle forme, et que vous attendez qu’on vous en vante les mérites, même si certains parmi vous sont un peu lassés, et aimeraient enfin qu’une histoire qui commence ne ressemble pas à un trajet en voiture à Bruxelles : tout est familier, mais ça roule pas.

Pour vous changer les idées, je vais vous raconter aujourd’hui ce qui pourrait être un conte, mais n’est que ma vie, parce que vous vous doutez bien que parmi tous ces hommes que j’ai aimés, il y en a eu un, avec qui j’ai connu l’amour fou.

Si vous êtes déjà allés au cinéma, vous connaissez les ingrédients d’une telle histoire : il faut un homme et une femme, une situation imprévue, et une folle attirance. Puis,du temps pour cette passion qui commence, de la tendresse, des étreintes aussi réussies que vos premières vacances en Egypte, quand vous avez eu l’impression d’être si petit, mais que vous avez touché au sacré, et que vous en redemandiez.

Ça s’est passé en Egypte, donc. Vous l’aurez deviné. Et on avait l’impression qu’on était fait l’un pour l’autre. D’ailleurs, pendant pas très longtemps, c’était le cas. Inséparables et persuadés que c’était notre force. Mais l’amour fou n’est pas seulement une expérience qui contente et renforce les amoureux. Non, l’amour fou, très vite, s’emballe, et va trop loin. Et c’est ce qui s’est passé. Plutôt que de rester en Egypte à finir nos études pour pouvoir travailler, acheter une maison, fonder une famille, nous sommes partis sacs au dos avec un projet aussi précis que celui de Bonnie et Clyde. On serait des hors-la-loi, parce que notre amour avait besoin de sensations.

Je ne parle pas souvent de cette histoire, d’abord parce que nous n’étions que des enfants, que nous n’avons tenus sur la route que deux petits mois, en prenant des risques crescendo qui rendait l’aventure de moins en moins romantique et de plus en plus criminelle. Alors, un jour que la police était à nos trousses, je l’ai embrassé, et je lui ai dit : « Séparons-nous maintenant, je ne t’oublierai jamais. » Nous nous sommes enfuis à pieds, séparément, et nous nous ne sommes jamais revus. Je crois qu’il habite en Norvège, moi je suis retournée en Belgique.

J’ai couru, puis j’ai ralenti. Il y avait des gens de mon âge autour de moi, je me suis approchée de deux étudiants qui m’ont demandé de les prendre en photo, alors que les policiers nous dépassaient sans me reconnaître. C’est là que j’ai apprécié l’intérêt de passer inaperçue.

Quand j’étais avec lui, j’avais l’impression d’être au moins trois personnes à la fois. Il prenait toujours en compte chacune des trois, et le monde autour devait en être témoin. Il criait dans la rue, chantait dans les lieux publics, et m’entraînait en courant, après chaque repas en terrasse, poursuivis par qui avait des jambes et de la présence d’esprit. Je ne m’étais jamais sentie aussi vivante, et c’est peut-être là, le signe le plus évident : l’amour fou n’a pas de limite, il en veut toujours plus. Je ne regrette rien, ni de nos excès, ni surtout de cette fin. Il m’a manqué, et je n’ai jamais connu d’autre garçon aussi excessivement vivant, mais quand l’irréversible se rapproche, c’est peut-être le moment de s’arrêter, et de regarder autour, il y a d’autres façons de s’aimer. (Le couple que j’ai pris en photo ce jour-là vit toujours ensemble, et m’envoie tous les ans quelques nouvelles par email.)

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