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Microfiction : Je n’arrive pas à l’oublier

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J’ai essayé, pourtant. J’ai même réussi pendant trois heures vingt-huit minutes. Mais depuis, je pense à lui sans cesse, et je ne peux que constater que cela ne sert à rien. Pourtant, je lui ai raccroché au nez sans regret, j’étais plus que satisfaite de mon geste, trop c’était trop. (Cet homme ne pouvait pas continuer à n’apparaître que quand ce n’était pas prévu.)

Cette histoire n’était plus à la hauteur de mes espérances, et lui… C’était évidemment de sa faute. Il n’avait rien fait pour que nous ayons l’air d’autre chose que de deux renards plus ou moins rusés, à la recherche d’une illusion d’aventure, entre deux semaines chargées de tout un réseau de rencontres et d’activités que nous ne partagerions jamais.

Je lui en voulais. J’étais en colère, déçue. J’avais cru qu’il m’apporterait la stabilité qui, d’après ma mère, me manquait. Ma mère, mariée à vie, conseils en tuiles pour toits solides, toujours d’attaque pour l’amour-toujours, peu curieuse de la vie, fidèle à un poste qu’elle avait su tenir sans se lasser, ou presque.

Est-ce que c’était un modèle ? Est-ce que j’aurais pu vivre comme ma mère ?

(Il avait vraiment l’air d’un gentleman, la première fois que je l’avais vu. La dernière fois aussi, d’ailleurs.)

Je pensais encore à lui en me posant la question. Mais au moins, j’essayais de remplacer son obsédante image d’homme doué pour l’étreinte sans lendemain, par l’exemple d’une femme qui avait essayé, et qui essayait encore, de me convaincre que chaque jour qui se suit est une petite victoire.

Mes lendemains…

Un peu chaotiques, si on les comparait à ceux de ma mère.

Même si j’avais été heureuse pendant des jours et des nuits, j’avais constitué un véritable réservoir d’actions et d’émotions que je ne devais qu’à moi-même, et cette indépendance qui m’avait guidée, était une de mes plus chères amies. (Avec quelques autres, qui savaient m’écouter, et qui trainaient elles aussi leur lot de petites histoires de cœur à usage unique.)

Je n’arrive pas à l’oublier.

Mais ça va finir par arriver, c’est sûr. J’oublierais ses mots d’abord, parce qu’il ne parlait pas beaucoup. Puis sa manière de se tenir, un peu penché en avant vers moi. J’oublierais combien de fois nous nous sommes vus, et ce que je ressentais quand il me regardait de loin dans une foule. J’oublierais qu’il buvait deux expressos à la suite après le repas, qu’il mentait comme il respirait, qu’il aimait bien quand j’oubliais l’heure, mais pas quand je grinçais des dents la nuit, qu’il avait promis de ne plus me faire pleurer, et qu’il n’a pas tenu sa promesse, que je l’appelais mon cœur, et qu’il croyait que les femmes sont incapables de rompre avec lui.

Je n’arrive pas à l’oublier, et c’est peut-être aussi parce que je ne veux pas, pas encore me dire, que cette journée va finir, que la suivante aussi, et que je ne sais pas si un jour, je rencontrerais quelqu’un d’inoubliable.

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