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L’histoire Epouvantable

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Une histoire. Épouvantable. Il n’aimait pas jouer au golf, c’est un tort. Je l’avais emmené avec moi, sur mon parcours préféré, parce que nous avions décidé tous les deux de faire un effort pour que ça marche. Il était arrivé avec vingt minutes de retard. Vous me direz sur un parcours de quatre heures, c’est négligeable, mais ça ne commençait pas bien.

Et puis, il avait mal aux pieds. Ça peut se comprendre, il avait emprunté des chaussures une demie-pointure trop petite. Il avançait à petit pas, en faisant des grimaces, et finit par rester quasiment tout le temps dans le caddy.

Tandis que moi, j’avais une partie à jouer. Je n’aime pas faire les choses à moitié, et le golf, j’ai commencé quand j’avais cinq ans, avec mon père. Autant dire qu’avec lui il n’y avait pas d’excuse de chaussures trop petites qui tienne.

Mon père est mort quand j’avais trente ans. Jusque-là, je ne m’étais jamais préoccupée des hommes. Lui, je l’ai rencontré au club house, il était attablé avec une amie à moi, qui était sa propre fille. Il l’avait eu jeune. Il avait fait pas mal de choses quand il était jeune, et ça m’avait amusée, au début. Il racontait bien, et en terrasse dans un club house ou assis devant une sole meunière avec un puligny montrachet, il était parfait. Il remplaçait un peu mon père, sans doute. Sauf qu’il m’avait embrassée dans les toilettes du club house, lors de notre troisième rencontre. J’avais été surprise, et même un peu plus. C’était le seul regret de mon père avant sa mort, de me voir seule. Il m’en parlait tout le temps, les hommes sont des cochons mais si tu voulais, tu en trouverais sûrement un que je pourrais supporter me disait-il. Est-ce qu’il pourrait supporter un autre homme ? Cette question, je me l’étais posée pendant des années, et la réponse était toujours non. Il ne pourrait pas. Et moi non plus. Mais lui, avec son expérience de la vie et des club house, il fallait lui donner une chance.

Il parlait beaucoup, tandis que je me concentrais sur mes coups, ça m’énervait, et j’avais fini par lui dire de ne pas autant la ramener. Ça le faisait rire, il était vraiment de bonne humeur, ce qui était horripilant, mon père répétait tout le temps qu’on ne joue pas au golf le sourire aux lèvres. J’essayai de l’encourager à bien se placer pour putter, mais il n’avait aucune disposition, et c’est là que c’est arrivé, il m’a putté le nez. Un nez tout neuf, que je m’étais offert à la mort de mon père. J’en avais rêvé toute ma vie. Mon père était contre, et je faisais semblant d’accepter ce leg en droite ligne, et d’en être fière. Mais j’avais toujours su qu’il fallait que je me détache un peu de son influence.

Mon nez saignait, et c’est à ce moment-là que j’ai compris que jamais, je ne serai autre chose qu’une orpheline au nez en patate.

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