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Histoire maso

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Si vous croyez qu’on naît maso c’est que vous n’avez pas connu ma mère. Elle se méfiait de tout ce qui était un peu bizarre et grâce à elle j’aurais dû épouser un homme comme mon père (n’y voyez aucun sous-entendu œdipien) et mener une vie tranquille en banlieue. Mais ma mère est morte. Et le jour de l’enterrement, j’ai rencontré au cimetière un homme qui n’était qu’un promeneur qui cherchait le malheur (un maso, quoi.) J’aurais dû m’en douter et mon excellente éducation aurait ainsi pu m’éviter les désagréments obligatoirement associés à une histoire maso : perte d’appétit, tendance à l’insomnie, relâche des objectifs professionnels les plus constructifs, imbécilité caractérisée (vous avez déjà forcé la porte d’une piscine municipale à minuit pour vous baigner en habits de cérémonie les poings liés ?) et autres comportements à risque.

Mais je ne me suis pas rendue compte tout de suite que c’était une histoire maso. Parce que « maso » ne veut pas juste dire imprudent (d’ailleurs, on mettait toujours notre ceinture de sécurité en voiture) ni même agressif (personne ne nous a jamais entendus nous disputer en public et nos différents privés étaient d’une banalité déconcertante : « tu aurais quand même pu reboucher le dentifrice avant de partir travailler ! »)

« Le maso aime souffrir. » m’avait-il déclaré, en me racontant La Vénus à la fourrure, de Sacher-Masoch. Il fut assez vite entendu que notre vie oscillerait entre domination et petites privations, sans lésiner sur les mises en scènes. Le fouet sur les fesses, bien sûr, mais nous avons aussi tenté l’humiliation, la privation de plaisir par l’un ou l’autre, et réalisation expresse de toute mauvaise pensée devenue impérieuse. Notre histoire s’apparentait à une sorte d’hyper exagération de nos pulsions bizarres dans une ambiance de sérieux et de mise à l’épreuve du corps.

Vous avez du mal à suivre ? Faites un effort, les masos ne sont pas très indulgents. Cela vous donne quand même une idée de ce que j’étais devenue : une jeune fille un peu trop repliée sur elle-même et sur l’homme qui lui demander de lui marcher sur le corps avant de sortir du lit. Et ce, chaque matin.

Maso, notre manière de faire l’amour en se râpant les genoux sur un parquet à échardes. Maso notre manière de vivre le quotidien avec moisissures dans le frigo et autres petites lâchetés qui deviennent de grands principes : nous sommes au-dessus de tout ça. Maso nos vols à l’étalage et nos déclarations d’impôts truquées. Notre vie était tordue. Et nos sentiments ? C’étaient peut-être les grands absents du tout-à-l’égout amoureux dans lequel nous nous électrocutions le cœur.

Alors quand un matin, après lui avoir donné une gifle (qu’il avait méritée : le dentifrice coulait sur le parquet depuis la veille au soir) j’ai repensé à ma mère et je me suis demandée si elle comprendrait que ma langue serve autant à lécher les larmes que j’avais pu faire couler, qu’à cracher de la bave sur la tête de celui qui m’appelait : « ma biche ». Comme mon père.

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